Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Après le cyclone

Editorial du magazine royaliste N°1128 | du 18 septembre 2017 au 1er octobre 2017
mercredi 27 septembre 2017 | Thème: environnement
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Sans nul doute, devant la puissance du cyclone Irma, les dégâts ne pouvaient qu’être considérables, et la Nouvelle Action royaliste se joint à tous les Français pour soutenir nos compatriotes de Saint-Martin et Saint-Barthélemy qui en ont subi les ravages.

La première urgence maintenant est de rétablir les infrastructures de ces îles, et particulièrement Saint-Martin qui semble avoir le plus souffert. L’État s’y emploie, ainsi que toutes les bonnes volontés, en Métropole et dans la Caraïbe, et nous souhaitons que ces travaux se fassent le plus rapidement et du mieux possible.

Puis il va falloir tirer un bilan de cet événement. Car une fois les réparations faites, nous aurons à nous pencher sur les forces et les faiblesses de dispositifs que le cyclone aura mis à nu. Une commission d’enquête a été demandée en France et acceptée par le gouvernement, nous nous en réjouissons. Certains points paraissent mériter analyse, et les raisons pour lesquelles Saint-Martin n’a pas résisté aussi bien que Saint-Barthélemy, par exemple, devront être comprises : les normes anticycloniques y-ont-elles été respectées ? Saint-Martin, bien moins riche que sa voisine, a-t-elle dû se contenter d’infrastructures publiques moins résistantes ? La loi de défiscalisation aurait-elle des effets pervers ? Ces questions, et bien d’autres, devront être analysées et nous étudierons avec attention les conclusions de la Commission.

Restent deux observations que l’on peut faire dès maintenant. La première, c’est que les Irma, jadis exceptionnels, vont devenir de plus en plus courants du fait du changement climatique. Les capacités de prévision météorologiques permettent maintenant de bien prévoir leurs effets, et les stratégies d’anticipation comme les niveaux de réactivité devront être réévalués : on ne peut pas rester sans eau, sans électricité, sans communication, école ni hôpital pendant des semaines. Les solutions techniques existent, on devrait pouvoir les mettre en œuvre dans l’urgence depuis la région, sans avoir à attendre qu’un bateau vienne de Toulon pour les appliquer.

La seconde est plus politique. Nous avons suivi heure par heure la catastrophe qui a touché nos îles françaises ; mais ces informations donnaient de Saint-Martin l’idée d’une île solitaire perdue au milieu de l’océan. Rien n’est plus contraire à la réalité : outre que la partie française n’occupe que le nord d’un territoire partagé avec le royaume des Pays-Bas, elle fait partie d’un archipel d’une kyrielle d’îles aux nationalités et statuts très divers, qui ont elles aussi été durement touchées par Irma : Sint-Maarten au sud a souffert tout autant que le nord, Barbuda a été entièrement dévastée, les Îles Vierges britanniques et américaines presque autant, et si les autres voisines (Antigua, Anguilla, St-Kitts & Nevis, Saba…) ont moins directement subi l’impact du cyclone, elles ont aussi souffert d’inondations et de destructions considérables. Le risque cyclonique n’est pas qu’un problème national : il doit aussi être traité au niveau de la région.

Notre pays est bien placé pour prendre en compte ces conditions particulières. De nombreuses structures régionales existent, que la France appuie, comme l’AOSIS (Alliance des petits États insulaires) ; qu’elle pilote, comme le CREWS (Climate Risk Early Warning System) ; auxquelles elle adhère, comme la Convention de Carthagène pour la protection du milieu marin caraïbe ; ou qu’elle a elle-même créées (conventions de l’AFD, création du Fonds de Coopération Régional, etc.). Mais pour beaucoup, hormis celles qui traitent de commerce ou de culture, ces initiatives restent quelque peu virtuelles faute de moyens.

Il nous revient de dépasser ce stade et proposer la création d’une véritable agence internationale pour le risque naturel dans les Petites Antilles, dotée de moyens suffisants, fondée sur nos DOM antillais (Guadeloupe et Martinique) et sur les principaux partenaires de la région (Sainte-Lucie, la Dominique, Porto Rico, les agences homologues britanniques, néerlandaises et américaines, etc.), pour pouvoir agir immédiatement dans une région soumise à de grands risques météorologiques, sismiques et climatiques. Souhaitons qu’Irma soit l’électrochoc qui déclenche cette grande initiative !

François GERLOTTO