Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Face au bloc oligarchique

Editorial du magazine royaliste N°1125 | du 20 juin 2017 au 3 juillet 2017
vendredi 7 juillet 2017 | Thème: politique
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Le 21 mai 1981, François Mitterrand déclare que « la majorité politique des Français, dé­mocratiquement exprimée, vient de s’iden­tifier à sa majorité sociale ». Le 18 juin 2017, la minorité sociale qui a été démocratiquement élue ne correspond plus à la majorité politique et sociale et prend le risque de s’y opposer.

Lors de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a bénéficié d’un faible vote d’adhésion et d’un très fort courant « dégagiste » qui s’est ensuite reporté sur les candidats du parti prési­dentiel. La République En Marche a su profiter de la fragilité personnelle de François Fillon, qui a brisé la dynamique victorieuse de la droite, et exploiter la crise terminale du Parti socialiste en offrant une synthèse centriste à des gens de droite et de gauche qui étaient depuis vingt ans d’accord sur l’essentiel : les règles de l’ultra­libéralisme, la férule allemande, l’atlantisme.

La croisade antifasciste, le passif extrémiste du Front national, l’incapacité de sa cheftaine et l’er­reur stratégique de Jean-Luc Mélenchon qui a pri­vilégié la rupture institutionnelle au détriment de la politique d’indépendance nationale ont répan­du l’inquiétude, dispersé les énergies et provoqué le découragement d’innombrables citoyens de la « France d’en bas ». Il ne faut pas s’étonner que l’électorat protestataire ait choisi le populisme d’extrême-droite, le populisme de gauche, le vote de rejet, le vote blanc ou encore l’abstention.

Appuyé sur une majorité parlementaire absolue qui bénéficiera de surcroît de l’opposition d’une droite « constructive », Emmanuel Macron est en mesure de rationaliser et de radicaliser le projet du bloc oligarchique avec l’appui du Medef, de la CFDT, de l’Institut Montaigne, de Terra Nova, des grands médias et des intellectuels organiques conduits par Jacques Attali et Bernard-Henri Lévy. Cette classe remarquablement mobilisée n’a pas dévoilé toutes ses intentions pendant la période électorale mais nous savons déjà :

- que l’Assemblée nationale est dominée par un parti-entre­prise, créé selon les techniques de pointe du marketing. Cet appareil est chargé d’enca­drer des députés qui se sont engagés à voter sans discu­ter les projets de loi alors que la démocratie parlementaire récuse le mandat impératif.

- que la haute administration va être sou­mise à une épuration minutieuse afin que les principaux serviteurs de l’État soient réduits à une fonction servile dans le par­fait mépris de notre tradition administrative.

- que le gouvernement prépare la banalisation de l’état d’urgence par l’attribution aux pré­fets de pouvoirs hors du contrôle judiciaire.

- que le Code du travail va être réformé par ordon­nances, selon le vœu du patronat, afin de renforcer la soumission des salariés et la précarité de leur emploi.

- que le gouvernement prépare les Français à su­bir une cure d’austérité renforcée, sur injonction de Bruxelles et pour tenter d’obtenir de Berlin la réforme de la zone euro qui lui sera refusée.

L’offensive esquissée en fin de période élec­torale va maintenant se déployer et nous allons en découvrir tous les axes. Pour résister à l’effet de sidération, il faut repérer au plus vite les fai­blesses du commandement et les failles du dis­positif. Emmanuel Macron est un remarquable propagandiste de lui-même mais la fluidité de son discours, son goût pour les assemblages de propositions contradictoires et l’indifférence courtoise qui est le propre de son milieu ne lui seront d’aucun secours lorsqu’il lui faudra tran­cher dans le vif pour faire les fameuses réformes.

Le bloc oligarchique va très vite révéler ses fêlures que les caciques – François Bayrou, Manuel Valls - ne manqueront pas d’exploiter car la logique de l’autopromotion individuelle a été exemplairement illustrée par Emmanuel Macron. De plus, la crise interne qui se développe et affaiblit le Font national va priver l’oligarchie du seul épouvantail dont elle disposait. Le populisme de gauche a un bel avenir devant lui, s’il accepte de rompre avec ses lourdeurs idéologiques et ses attitudes sectaires. Dans l’immé­diat, c’est la mobilisation massive de la rue contre les ordonnances qu’il faut souhaiter et encourager.

Bertrand RENOUVIN