Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Impasse Mélenchon

Editorial du magazine royaliste N°1118 | du 14 mars 2017 au 27 mars 2017
samedi 8 avril 2017 | Thème: politique
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Jean-Luc Mélenchon est un coureur de fond qui se dirige fièrement vers une impasse. J’écris ces mots avec regret car le candidat de la France in­soumise a des qualités qui sont devenues rares dans le milieu politique. C’est un homme de convictions, ser­vies avec intelligence et courage. Son entrée en cam­pagne fut gaullienne – il sut s’adresser directement au peuple - et il est resté libre de toute allégeance parti­sane au grand dam du Parti communiste. Il défend des idées socialistes et le mot d’ordre de la planification écologique est, quel que soit l’avenir du candidat, de très grande portée. Nous lui avons adressé ici même nos critiques et nous les reprendrions volontiers, pour les développer ou les amender, si nous ne butions sur le premier point du programme mélenchonien qui ins­pire le Défilé pour la 6ème République du 18 mars.

Pour Jean-Luc Mélenchon, la première urgence est d’abolir la monarchie présidentielle par l’élection d’une assemblée constituante qui restaurerait le pou­voir populaire. Le candidat précise qu’il démission­nera de sa fonction dès l’élection de cette Consti­tuante mais la procédure qu’il envisage est pour le moins expéditive : Jean-Luc Mélenchon annonce qu’il « convoquera » une assemblée constituante… mais il ne prévoit pas la consultation du peuple souve­rain sur ce point. Nous nous souvenons, nous, que le Gouvernement provisoire de la République française avait posé au peuple français, le 21 octobre 1945, la question suivante : « Voulez-vous que l’Assemblée élue à ce jour soit constituante ? ». Nous nous souve­nons aussi que le premier projet constitutionnel avait été présenté au peuple souverain qui l’avait rejeté par référendum le 5 mai 1946. Il avait fallu élire une nouvelle Constituante, le 2 juin, qui avait rédigé la Constitution de la IVème République, adoptée le 13 octobre 1946.

Je donne les dates pour souligner la longueur du pro­cessus et ses aléas. À la Libération, la rédaction d’une nouvelle Constitution était indispensable et il y avait, sous la présidence du général de Gaulle, un Gouver­nement provisoire qui tirait son autorité de l’insurrec­tion nationale et de la participation de l’Armée fran­çaise à la victoire : il était dès lors possible de mener une action politique résolue. Nous ne sommes plus du tout dans cette situation puisque la nation vit une crise de légiti­mité et de souveraineté. Si Jean-Luc Mélenchon démissionne après l’élection de la Consti­tuante, il faudra élire un nouveau président de la République qui devra composer avec le gou­vernement issu de l’Assemblée nationale constituante – ce qui ajoute de nouveaux aléas et risque d’aggraver la crise de légitimité et d’empêcher la résolution de la crise de souveraineté. Par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon sup­pose, sans le dire, que les députés de la Constituante seront majoritairement favorables au programme de la France insoumise. C’est un pari. Rien ne dit qu’il sera tenu.

J’avoue ne pas lire toutes les déclarations de Jean-Luc Mélenchon et il est possible que de rassurantes préci­sions, quant au respect de la souveraineté du peuple, m’aient échappé. Dans l’attente d’une mise au point, je maintiens que la crise multiforme qui frappe la nation exige dans l’immédiat le maintien de la Vème République en raison des pouvoirs qu’elle accorde au président de la République et, à court terme, une révision de la Constitution. A cet égard, la Nouvelle Action royaliste insiste depuis longtemps sur la né­cessité de :

- Rétablir la fonction présidentielle en assurant au chef de l’État un mandat plus long que celui des dépu­tés ;

- Contraindre le Premier ministre à sa tâche – il « dirige l’action du Gouvernement » - en lui interdi­sant de se présenter à l’élection présidentielle qui suit son entrée en fonctions ;

- Renforcer la représentation nationale par l’élec­tion des sénateurs au suffrage universel direct et à la proportionnelle intégrale.

Jean-Luc Mélenchon se trompe sur l’urgence. Il veut d’abord la refondation constitutionnelle et il risque d’affaiblir l’État dans une période critique. Il faudrait qu’il s’appuie sur ce qui tient encore debout dans l’édi­fice pour réaffirmer la souveraineté de la nation. Dans l’épreuve de force avec Berlin, Francfort, Bruxelles et Washington, il pourrait réaffirmer la légitimité du pouvoir politique et du chef de l’État, « garant de l’in­dépendance nationale ». Par phobie de la monarchie présidentielle, l’admirateur de Fidel Castro et d’Hugo Chavez s’est jeté dans une impasse.

Bertrand RENOUVIN

[Après la publication de cet édito, Bertrand Renouvin a fait son autocritique (Royaliste n° 1119 – page 3) après les remarques faites par nos lecteurs…].