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Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

La haine et la peur intriquées

Editorial du magazine royaliste N°1280 | 
samedi 15 juin 2024 | Thème: politique
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Sans jamais prendre conscience de la haine massive dont il est l’objet, Emmanuel Macron continue de construire ses campagnes électorales sur la peur de l’extrême droite. Jean-Luc Mélenchon mise lui aussi sur la peur d’un fascisme fantasmatique et joue avec le feu.

Dès 2017, Emmanuel Macron s’est posé en rempart contre l’extrême droite, sans jamais hésiter à mobiliser la mémoire de la Résistance qu’il n’a jamais comprise ni respectée. Il a donné à cette posture un semblant de théorie qui consistait à opposer le “progressisme” qu’aurait incarné la macronie au “nationalisme” du Front national sans jamais se poser de questions sur les mutations de ce parti.

Bien entendu, le candidat du “cercle de la raison” oligarchique était incapable de comprendre que sa gestion managériale de la start up nation renforçait mois après mois l’électorat de Marine Le Pen. Au fil des crises engendrées par l’impéritie de la “gouvernance”, les postures et les petites phrases méprisantes d’Emmanuel Macron ont fait naître, chez des citoyens très divers et même parmi les plus posés – nous en sommes témoins – un sentiment de haine. Une haine annoncée comme telle, qui ne doit rien à l’envie, au dépit, à l’aveuglement. Bien au contraire, c’est une haine lucide, résolument politique, donc non meurtrière, qui vise un homme incarnant la caste qui est en train de saccager le pays et de ruiner sa politique étrangère.

Aveugle sur cette haine lucide, la macronie a cru pouvoir limiter les dégâts et sauver les apparences le 9 juin en jouant mécaniquement sur la peur de l’extrême droite. Une fois encore, Emmanuel Macron a pris la pose et disserté aux Glières et en Normandie. Valérie Hayer a invoqué Munich lors du lancement de sa campagne puis la fondation du Front national par un ancien SS sans que l’évocation pataude ou obscène des “heures sombres” fasse reculer les électeurs décidés à voter pour le Rassemblement national.

Le thème du retour du fascisme n’a pas marché le 9 juin parce que Marine Le Pen, Jordan Bardella et les députés du Rassemblement national n’ont aucun lien avec l’extrême droite ligueuse des années trente, le fascisme mussolinien et la Collaboration. Les propagandistes de l’Elysée ne se rendent pas compte qu’une grande partie de la jeunesse ne comprend pas le sens des allusions à Munich – même si elle se souvient de ses cours d’histoire – et à la Milice dont elle ne voit nulle trace dans les rues des villes.

Cette évidence ne préoccupe pas plus la direction de la France insoumise et les activistes des groupes d’extrême gauche. Jean-Luc Mélenchon, qui a de solides connaissances historiques, surjoue la “menace fasciste”. On a compris depuis longtemps qu’il espérait être le sauveur de la République et de la démocratie en cas de victoire du Rassemblement national, après avoir lancé des appels à l’insurrection lors de sa campagne sur (et non pour) Gaza. Ce qui est un jeu tactique pour le patron de La France insoumise est pris au sérieux par de jeunes militants qui, sur leurs pancartes, souhaitent la mort de Jordan Bardella, sans comprendre qu’ils apportent des voix à leurs ennemis.

Faute d’idées communes, à gauche, et faute d’idées tout court, à droite et au centre, la campagne des législatives se fera sur des pulsions. Pour conforter son unité de façade, le Nouveau Front populaire va ressortir l’attirail antifasciste des années trente et cultiver la peur dans le camp de la gauche. Or le vrai sujet, c’est la haine identitaire diffusée par le Front national et qui reste massivement dans le capital du Rassemblement national. Mais une partie de la gauche est mal placée pour lui répliquer puisqu’elle s’est délibérément placée dans la spirale identitaire et va passer de l’agitation sur Gaza à la mobilisation des quartiers périphériques contre les lepénistes.

En attendant de puiser dans le même stock commun de l’antifascisme électoral, la macronie et la droite libérale cultivent, depuis l’annonce de la dissolution, la peur de la crise financière. Le jeune Bardella et ses amis vont vider les caisses ! C’est la ruine des épargnants, des retraités, des salariés ! La remontée des taux d’intérêt annonce une crise de la dette ! Macron le dit. Le Maire le répète. Le Figaro en rajoute une couche et l’étale. Il est vrai que la Bourse baisse et que la haute spéculation joue la hausse des taux d’intérêt. Dans les prochaines semaines, il faudra lire attentivement les éditoriaux de la presse financière et observer l’écart entre les taux français et allemands.

Si les passions et les pulsions évoquées étaient vécues à différents moments de la vie politique, les effets sur la société française seraient limités. Ce qui doit inquiéter au plus haut point, c’est l’intrication actuelle des haines et des peurs exploitées dans un but électoral mais qui peuvent enclencher un cycle d’autant plus violent que la société est fragilisée par quarante années de néolibéralisme.

La guerre civile est toujours latente dans la société. Le propre du pouvoir est d’en limiter le risque en arbitrant, afin de maintenir le conflit dans les limites du débat démocratique. Au contraire, Emmanuel Macron agit depuis 2017 en petit entrepreneur d’une guerre sociale dont il ne maîtrise pas les effets.