Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Leçons politiques de Podemos

Editorial du magazine royaliste N°1116 | du 14 février 2017 au 27 février 2017
dimanche 19 février 2017 | Thème: politique
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Il faut croire qu’Íñigo Errejón, numéro deux de Podemos, n’a pas retenu toutes les « leçons politiques » de la série télévisée Game of Thrones que son numéro un a popularisées dans un ouvrage de vulgarisation des sciences politiques (1). Parmi ces leçons, l’une insistait sur le fait qu’il ne fallait pas par temps de guerre des clans sous-estimer le charisme d’un individu et l’utilité de la verticalité d’un commandement. On aurait beaucoup à dire sur la convocation --– dans l’urgence – et sur la mise en scène – un peu à la  manière de la Star Academy – du congrès convoqué par Pablo Iglesias. Un fait est certain : le líder populiste de gauche s’est appuyé sur une légitimité tirée ces dernières années, d’une brillante prise de parole pour la défense de l’intérêt général. Les jours et les semaines qui viennent nous diront à quel avenir est promise telle ou telle fraction d’un appareil dont la base n’a cessé d’appeler à l’unité durant les deux jours de « l’Assemblée citoyenne » qui s’est tenue à Madrid. On saura aussi, tôt ou tard, s’il est possible de concilier culture contestataire et présence dans les institutions.

Quelques clarifications, d’un strict point de vue européen, doivent cependant être prioritairement entreprises. Confusion est faite dans les discours de tous les dirigeants de Podemos – quels qu’ils soient – entre souveraineté populaire et souveraineté nationale. Dans son discours de candidature au poste de secrétaire général du parti, Íñigo Errejón a fait référence aux constituants de Cadix, auteurs en 1812 de la première Constitution écrite du royaume. Il les a présentés comme des défenseurs de la « souveraineté nationale », sans sembler les critiquer d’avoir fait cela... Plus tard, il a promu la souveraineté populaire. Mais ni Pablo Iglesias ni Íñigo Errejón ne doivent faire l’économie d’une réflexion plus poussée. L’ombre de l’échec de Syriza doit, du reste, déjà les faire réfléchir. Ils ont maintenant l’avantage de disposer d’un temps dans l’opposition pour apprendre l’exercice des institutions et prendre la mesure du champ des possibles. La France du général de Gaulle, sous le poids de menaces bien plus grandes, s’était retrouvée pour transcender les vieux clivages. À plusieurs moments de notre histoire, le général légaliste sut poser des actes de souveraineté au nom d’une « Patrie » – Podemos, à raison, aime à s’approprier le terme – menacée de toutes parts : par les empiètements de souveraineté du libérateur américain, par le risque de la guerre civile et par les soubresauts de la sortie d’une guerre coloniale. Inscrits dans l’exercice des institutions et d’un usage non consensuel de la diplomatie internationale, des actes permettent d’articuler souveraineté populaire et souveraineté nationale qu’il convient, avec d’autres concepts, de ne pas confondre. Car Podemos n’est pas fini ! Certes, la radicalité à laquelle on associe Pablo Iglesias laisse conjoncturellement peu de marges de manoeuvre face à un PSOE jugé moins inquiétant par nombre d’électeurs. Mais une mise au point en termes de philosophie politique et en vue de l’élaboration d’un programme d’alternance pourrait tout autant mobiliser les catégories sociales les plus populaires.

Les médias français ont peu commenté le travail de réflexion, en matière européenne, mené au sein de Podemos par la tendance dite « anticapitaliste ». Il y a cinq ans, Royaliste  s’était déjà entretenu avec un économiste lié aujourd’hui à ce courant. Représentant environ 15 % des militants et sympathisants de Podemos, cette minorité au poids non négligeable entend bien rapprocher les deux courants majoritaires d’Iglesias et d’Errejón, au moyen d’une discussion de fond en matière programmatique. La survie du parti est en jeu. Parce qu’il est encore impossible, aux yeux des Espagnols, de prôner pour l’instant une sortie unilatérale de l’Union européenne ou de l’euro encore associés aux « belles années ». Podemos ne peut dénoncer que les blocages structurels engendrés par l’absence de contrôle démocratique et l’insuffisance de contrôle démocratique que leurs institutions génèrent. La défense effective de la souveraineté du peuple et des moyens de son expression se retrouve donc être notre plus petit dénominateur commun : à nous tous, à Pablo et à Íñigo !

Christophe BARRET

(1) Cf. Les leçons politiques de Game of Throne de Pablo Iglesias (traduit par Tatiana Jarzabek, Post-édition 2015)

(2) C’est ainsi qu’il nous était apparu que quelque chose se préparait sur le campus de Somosaguas de l’université Complutense de Madrid. Cf. Royaliste n° 1023 : http://www.archivesroyalistes.org/Espagne-etat-de-crise