Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Un mur de haine

Editorial du magazine royaliste N°1132 | du 13 novembre 2017 au 26 novembre 2017
jeudi 16 novembre 2017 | Thème: politique
Recommandez:

On peut se demander si les dernières semaines n’ont pas marqué une nouvelle étape dans l’américanisation de notre société.

Le déferlement de révélations qui ont suivi ce qu’il est commun d’appeler l’affaire Harvey Weinstein, ont certes montré à quel point le harcèlement sexuel et moral touchait l’ensemble des secteurs de notre société, aussi bien les femmes que les hommes d’ailleurs. Elles ont aussi montré une fois de plus la puissance et la nocivité parfois des réseaux sociaux. L’hashtag « Balancetonporc », inventé par des féministes lesbiennes extrémistes américaines, a connu une nouvelle vie en France et en Europe, même si dans notre pays les accusations ont le plus souvent évité les accusations ad hominem.

On a le sentiment qu’une certaine culture soixante-huitarde est en train de disparaître pour de bon. La marchandisation des corps qui en a été l’héritière aussi bien à travers l’industrie pornographique que publicitaire, la seconde s’inspirant parfois de la première (le porno chic), est inséparable d’une culture néolibérale, désormais ouvertement remise en cause. Les ravages de l’industrie du porno sur des esprits jeunes et immatures véhiculée sur internet ont aussi été dénoncés depuis longtemps notamment en milieu scolaire. L’appel au respect de la dignité de chacun de la part des pouvoirs publics ou d’associations féministes, le rappel de la loi devant d’éventuelles condamnations sont donc une bonne chose.

Attention cependant aux dérives possibles : condamnation unilatérale et globale de la gent masculine, appels à la vengeance qui sont le contraire de la justice, remise en cause des principes de notre système judiciaire comme la prescription ou la présomption d’innocence. On ne peut pas sous prétexte d’une affaire, aussi douloureuse soit-elle, remettre en cause des principes essentiels de notre droit. Lorsqu’on appelle à venir sanctionner les regards insistants, au-delà de la difficulté à les définir et à déterminer les modalités de la preuve, on fait de l’espace public non plus un espace commun, non plus un lieu de socialisation, mais un espace de haine et de peur. Ce n’est pas en élargissant les trottoirs ou en édifiant des murs qu’on résoudra les problèmes. Rien ne remplacera jamais le travail éducatif, à la maison, comme à l’école. C’est en appliquant la loi que l’on recréera de la sécurité là où éventuellement elle aurait disparu.

Ce n’est pas non plus en stigmatisant les musulmans ou les immigrés que l’on fera avancer les choses. Lors de l’affaire du quartier Chapelle-Pajol où des femmes se faisaient harceler sur des trottoirs, on a parfois mis en avant les origines ethniques, religieuses ou culturelles comme facteurs explicatifs. Ce n’est pas être naïf que de dire que tous les musulmans et que tous les immigrés ne sont pas des harceleurs et que tous les harceleurs ne sont pas des musulmans ou des immigrés. Il ne faut pas tomber dans le piège de ceux qui, identitaires ou indigénistes, veulent essentialiser des populations et les monter les unes contre les autres. Le refus du communautarisme doit être absolu. La fracturation de la société par race, sexe ou religion est mortifère. C’est le meilleur moyen de jeter dans les bras d’islamistes de tous poils ou dans le désespoir, ou dans la délinquance, des jeunes et des moins jeunes qui peuvent éventuellement souffrir de ségrégation tant sociale que spatiale. C’est la porte ouverte aux réflexes de peur et au rejet de l’autre.

A l’inverse, tel ou tel groupe présenté comme collectivement opprimé n’est pas non plus le sel de la terre et ne constitue pas l’avant-garde de la lutte contre les oppressions. A ce titre une partie de l’extrême-gauche et ses épigones journalistiques et universitaires se trompent de combat et sont les « alliés objectifs » de l’extrême droite pour reprendre une terminologie qu’ils affectionnent. Enfin, pactiser localement avec tel ou tel groupe plus ou moins salafiste n’est pas non plus porteur de paix sociale.

C’est en combattant les politiques néolibérales et en réaffirmant les principes fondamentaux de la nation que l’on recréera de l’intégration et du lien social. Cela demandera du temps, cela demande des moyens, cela demandera des pouvoirs publics qui ne soient pas obnubilés par les médias. Difficile ? Sans doute, mais est-ce une raison pour renoncer ?

Marc SEVRIEN