Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Affronter les États-Unis

Editorial du magazine royaliste N°1145 | du 15 mai 2018 au 28 mai 2018
dimanche 20 mai 2018 | Thème: géopolitique
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Le président des États-Unis est un homme brutal mais sa politique est cohérente. C’est une politique de toute-puissance qui ne s’embarrasse ni du droit international, ni du respect des traités, et qui ne prend aucune précaution à l’égard des vassaux européens. La décision de déchirer l’accord avec l’Iran sur le nucléaire s’inscrit dans un cheminement logique marqué par le rapprochement avec l’Arabie séoudite, par la décision d’installer à Jérusalem l’ambassade des États-Unis et par l’opération de représailles montée en avril contre la Syrie.

Le retour à une politique de sanctions sérieusement renforcées contre l’Iran satisfait les courants bellicistes aux États-Unis et en Israël. Il comble Mohamed Ben Salman qui rêve de voir l’Arabie séoudite prendre la tête des pays sunnites face à un Iran asphyxié par les sanctions, voire militairement défait ou jugulé par le moyen d’un changement de régime. Comme tous les plans, celui-ci comporte des failles et présente des risques mais l’Iran, justement parce qu’il ne dispose pas du feu nucléaire, n’est pas en mesure de résister aux pressions conjuguées de ses ennemis.

Tel est, pour l’Orient, le projet politique que les États-Unis veulent imposer à l’Union européenne, de gré ou de force. Le gouvernement étatsunien donne aux groupes étrangers un délai de 90 à 180 jours pour cesser tout échange avec l’Iran. Afin que leurs décisions soient respectées, les États-Unis imposent une règle d’extraterritorialité très simple : toute entreprise qui utilise le dollar dans ses transactions est passible de sanctions si elle viole la loi américaine même si cette entreprise n’opère pas sur le sol étatsunien ; toute banque qui finance des investissements dans des pays sous embargo peut être frappée de lourdes amendes.

La brutalité des États-Unis, qui se moquent comme d’une guigne du libre-échange quand leurs intérêts sont en jeu, est notoire. La violence de Donald Trump ne l’est pas moins. Pourtant, Emmanuel Macron a cru qu’il pourrait maîtriser les logiques impériales et séduire l’impétueux locataire de la Maison Blanche par un jeu de postures dont nous avions dénoncé l’obscénité. Il s’est fourvoyé, il s’est laissé humilier et c’est la France qui a été humiliée avant d’être flouée et maintenant mise en demeure de s’incliner devant les diktats de Washington. Nous apprenons plus tard comment s’est fait, dans la tête du président des riches, le partage entre le tropisme atlantiste et l’amateurisme. Il s’agit aujourd’hui de se demander comment la France peut résister et répliquer au gouvernement des États-Unis.

Il est inutile de cacher que la France est en position de faiblesse. Nous ne sommes pas seulement revenus dans le commandement intégré de l’Otan en 2008. Nous sommes immergés dans les technologies étatsuniennes, complètement dépendants et transparents. Nous avons laissé les États-Unis imposer leur législation à l’extérieur de leur territoire, punir Alstom et la BNP et exercer ainsi une contrainte par dissuasion sur les banques et les entreprises françaises. Cette situation de dépendance sera invoquée par les partisans de la soumission au nom du « réalisme » : ils diront qu’il faut finasser, gagner du temps, demander à Washington des assouplissements ; ils diront même qu’il faut renforcer l’euro en oubliant que l’usage de cette monnaie dans les paiements internationaux est en déclin dans la zone euro comme dans le reste du monde.

La France doit cependant engager la confrontation avec les États-Unis. Leur politique de déstabilisation et de destruction ne saurait être la nôtre : ce n’est pas l’Iran qui nous menace, ni d’ailleurs la Russie, c’est l’Arabie séoudite qui nous agresse en diffusant une idéologie religieuse clairement subversive. Nous devons quitter le commandement intégré de l’Otan. Nous devons dénoncer le viol du droit international par les États-Unis en matière d’extraterritorialité. Nous devons annoncer dès à présent les contre-mesures fiscales, commerciales, pénales, que nous prendrons à l’encontre des sociétés étatsuniennes si Washington menace nos entreprises et nos banques. Nous devons conquérir notre souveraineté numérique. Nous devons somme toute rompre avec l’atlantisme, jeter à la corbeille les discours sur l’impossible « souveraineté européenne » et réaffirmer par tous moyens l’indépendance de notre nation.

Bertrand RENOUVIN