Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Elites vendues, élites à vendre

Editorial du magazine royaliste N°1225 | du 3 janvier 2022 au 16 janvier 2022
lundi 3 janvier 2022 | Thème: politique
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On imagine qu’un dirigeant politique condamné à cinq ans de prison rase les murs dans l’attente du jugement d’appel. Tel n’est pas le cas de François Fillon, jugé coupable de détournement de fonds publics, de recel de détournement de fonds publics et d’abus de biens sociaux, mais qui commence, comme si de rien n’était, une nouvelle carrière à l’étranger. En juillet, il est entré au conseil d’administration de Zaroubejneft, un groupe pétrolier russe ; en décembre, il a rejoint un autre groupe russe, Sibur, qui opère dans le secteur de la pétrochimie.

Voici François Fillon, héros déchu de la droite des valeurs, qui va parader comme agent d’influence de groupes étrangers - à moins qu’on ne lui mette la main au collet… Il n’est pas le seul de son espèce. La seconde carrière est au contraire devenue une habitude, chez les anciens dirigeants français. Jean-Pierre Raffarin, qui fut le consternant Premier ministre de Jacques Chirac, s’est découvert une passion pour la République populaire de Chine, dont il assure la promotion. Dominique de Villepin a créé des sociétés qui travaillent avec la Chine et qui servent les intérêts de Pékin en Afrique. Nicolas Sarkozy joue les intercesseurs entre le Qatar et plusieurs Etats africains (1).

Quand les dirigeants politiques donnent de tels exemples de reconversion, il n’est pas étonnant que des hauts fonctionnaires démissionnent pour se mettre au service d’intérêts étrangers ou se font recruter après leur retraite. Point d’autre raison à ces comportements que l’insatiable cupidité de personnages qui sont devenus étrangers à leur propre patrie. C’est d’autant plus intolérable que ces messieurs et ces dames n’ont cessé de prêcher l’austérité, la rigueur, la modération salariale et somme toute l’esprit de sacrifice pour le bien du pays - alors qu’ils pactisaient déjà avec le monde de l’argent.

Les défections intéressées qui se généralisent, dans la fraction politicienne de l’oligarchie, sont le signe du séparatisme des classes supérieures, mis en évidence par plusieurs sociologues et géographes qui font aujourd’hui autorité. La sécession des élites françaises est marquée par leur conquête du cœur des métropoles, dont les classes populaires ont été chassées, par la croissance de l’enseignement privé, par l’exode fiscal, par la mobilisation électorale des groupes sociaux qui sont en osmose avec l’oligarchie, par des divergences croissantes dans les divertissements et dans la consommation (2).

Face à la classe affairiste mondialisée, la tâche est aujourd’hui plus facile : il n’y a pas à prendre les armes pour chasser des armées étrangères, mais à mener une lutte de classes selon le projet de reconquête de la souveraineté nationale. L’adversaire impressionne par sa puissance et sa détermination, mais il souffre d’une faiblesse mortelle : une élite qui a cessé de servir la nation ne mérite plus son nom et s’expose à être soudain balayée. ■

 

(1). Cf. Clément Fayol, Ces Français au service de l’étranger, Plon, 2020.

(2). Cf. Jérôme Fourquet, Jean-Laurent Casely, La France sous nos yeux, Economie, paysages, nouveaux modes de vie, Le Seuil, octobre 2021.