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Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Faire sauter l'euro-carcan

Editorial du magazine royaliste N°1157 | du 17 décembre 2018 au 31 décembre 2018
samedi 29 décembre 2018 | Thème: europe
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La peur a saisi, début décembre, l’élite du pouvoir, des affaires et des médias. Maints témoignages en font foi et les appels au calme lancés par le gouvernement et ses relais journa­listiques soulignaient le début d’une perte de contrôle.

La répression violente des manifestations du 8 dé­cembre et les annonces faites le lendemain matin par Emmanuel Macron ont accrédité l’idée d’une reprise en main. A l’Élysée, on avait compris, on s’excusait, on allait distribuer du pouvoir d’achat et lancer un vaste dialogue… Alors que les éditocrates saluaient le « tournant social » du quinquen­nat (1), il devint très vite évident que les annonces sur le Smic et la CSG se réduiraient à des distri­butions d’aumônes malgré le chiffre magique des 10 milliards de dépenses engagées sur le papier.

Il est vrai que les annonces présidentielles, l’ex­ploitation éhontée de l’attentat islamiste de Strasbourg par le gouvernement et la menace de répres­sion brutale des manifestations ont réduit l’ampleur des actions menées par les Gilets jaunes le same­di 15 décembre. Cependant, ces quatre semaines de mobilisation ont abouti à un double succès.

Succès tactique car Emmanuel Macron est durable­ment coincé : d’un côté il y a le patronat qui, le mo­ment de peur passé, veut lâcher le moins possible ; de l’autre il y a Bruxelles qui ne veut pas trop concéder à Paris sur la règle imbécile des 3 % de déficit en rai­son de son bras de fer avec le gouvernement italien.

Succès stratégique : les Gilets jaunes ont imposé dans le débat public les classes moyennes méprisées, ap­pauvries et en voie de disparition face à une oligarchie tout entière résumée par cet ancien banquier devenu le président des riches. Le voici maintenant replié dans son quartier-citadelle du huitième arrondissement, piètre représentant d’une classe dirigeante enfermée dans les beaux quartiers, désormais incapable de réa­liser les réformes ultralibérales dont rêvait le « bloc bourgeois » - à commencer par la réforme des retraites.

Cette lutte de classe, qui se relance en termes neufs, ouvre de vastes perspectives car il y a une expansion possible de la révolte des Gilets jaunes à la masse considérable des travailleurs précaires ou privés d’emploi. Mais nous n’en sommes qu’au début, loin de la victoire. L’oli­garchie résiste. L’impôt sur la fortune ne sera pas rétabli et le Sénat a voté le 10 décembre un allègement substantiel de taxe en faveur des exilés fiscaux. L’arsenal répressif est dispo­nible avec blindés, flash ball et chiens. Le débat médiatique, dilué en d’interminables bavardages, est orienté et cadré : l’orientation est ma­nifeste. Les chaînes d’information cherchent à extré­miser ou à infantiliser les Gilets jaunes et viennent de leur donner pour parrain un banquier franquiste, salué le bras tendu par ses partisans espagnols et abusivement présenté comme « prétendant au trône de France ».

Le cadrage consiste à éviter que soient mis en cause les traités européens et la prétendue « mon­naie unique ». Sur les plateaux, rares sont les invi­tés qui parviennent à évoquer la souveraineté de la nation. Quant aux partis réputés contestataires, ils se gardent de dénoncer les conséquences économiques et sociales de l’euro. Depuis la campagne présiden­tielle, Marine Le Pen est muette sur ce point et Jean-Luc Mélenchon, toujours très discret sur l’euro, a récemment déclaré à l’Assemblée nationale que « le Frexit serait une erreur ». Quand on n’expose pas les données d’un problème, il est facile de clamer que sa solution est mauvaise, voire épouvantable.

Le problème, c’est que l’oligarchie a organisé sa domination en s’appuyant sur la monnaie unique, comme système de « gouvernance » importé d’Alle­magne, et sur la négation du choix démocratique des Français lors du référendum de 2005. Le carcan de l’euro est politique, économique et social. Il réduit à néant le choix des citoyens, lors des élections. Il pro­voque la désindustrialisation du pays et le chômage de masse. Il interdit la dévaluation monétaire et ne laisse d’autre choix que la dévaluation des salaires.

Il y a un préalable au progrès démocratique, à la justice sociale, à un nouveau mode de développement économique : le dynamitage de l’euro, qui fera sauter tout l’édifice des traités ineptes et iniques.

Bertrand RENOUVIN

(1) Cf. sur mon blog : Le faux « tournant » d’Emmanuel Macron.