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Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Guerres sans buts

Editorial du magazine royaliste N°992 | 
lundi 23 mai 2011 | Thème: politique
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Encore une fois : quelle guerre faisons-nous en Afghanistan ? Et quels sont nos buts de guerre en Libye ?

Après la chute de Kaboul, le gouvernement français était bien placé pour apprécier les fautes tragiques commises par les Américains. George Bush et son équipe ont soutenu les seigneurs de la guerre, porté au pouvoir l’incertain Karzaï, refusé de mettre en œuvre le plan de développement économique qui était indispensable au pays, laissé renaître et s’étendre une insurrection dont le foyer se trouve au Pakistan, (1) encouragé la production et le trafic de la drogue.

La sale guerre américaine était manifestement perdue quand Nicolas Sarkozy a décidé d’engager des troupes françaises au sol alors qu’il était nécessaire de cesser nos opérations militaires pour mener une action politique définie par la France elle-même, en vue de préparer les conditions politiques du retour à la paix. La tâche était très difficile, mais elle n’avait pas le caractère absurde d’un engagement dans une guerre perdue sans qu’il y ait eu discussion préalable avec les Américains sur la révision des objectifs.

Résultats : l’apparence de pouvoir qui se tient à Kaboul est dépourvue de toute légitimité, les États-Unis sont discrédités par les bombardements de populations civiles, par le recours aux mercenaires, par la campagne d’assassinats des cadres locaux du mouvement taliban, la troupe afghane est minée par les désertions, des talibans ou des personnages proches des insurgés administrent une partie du pays et deux d’entre eux sont membres du gouvernement qui siège à Kaboul (2).

La situation générale est telle que, le 12 mars dernier, Hamid Karzaï a demandé « à l’Otan et aux États-Unis, avec honneur et humilité, et sans arrogance, de cesser leurs opérations dans notre pays ». Le président afghan s’exprimait devant 500 chefs de tribus réunis à Asadabad, dans une région où 74 civils venaient d’être tués par l’Otan. Les Américains n’ont pas tenu compte de cette demande, confirmant ainsi le mépris dans lequel ils tiennent le pouvoir afghan, encore plus discrédité par cette fin de non-recevoir. Quant à Nicolas Sarkozy, il ne s’est pas inquiété du rejet de l’Otan et de l’hostilité que suscite notre pays dans la population afghane en raison de notre soumission aux Américains : le supposé président se contente d’attendre que les Américains tirent les conséquences de l’assassinat de Ben Laden par leurs troupes spéciales.

L’engagement de la France dans la guerre de Libye n’est pas mieux défini. Là encore, nous agissons dans le cadre de l’Otan, avec des Américains en retrait, mais sans avoir pris l’exacte mesure de la situation sur le territoire libyen et sans avoir défini nos objectifs. Dans le cadre de la résolution 1973, la protection des populations civiles était justifiée. Mais Nicolas Sarkozy a reconnu à la surprise générale le Conseil National de Transition, qui ne dispose pas d’une armée mais de « manifestants armés » incapables de prendre le pouvoir à Tripoli (3). La force de l’insurrection a été surestimée, la capacité de résistance du colonel Kadhafi a été négligée et nous voici engagés dans une impasse : si l’Otan continue à bombarder Tripoli dans le but inavoué de tuer le dictateur, le mandat de l’ONU n’est qu’un chiffon de papier ; si l’Otan fournit des armes aux insurgés et les encadre pour tenter d’arracher une victoire militaire, elle s’engage dans une sanglante guerre civile au mépris de la résolution 1973. Il faudrait donc négocier et accepter une ligne de cessez-le-feu qui couperait en deux la Libye, selon l’hypothèse que nous avions émise dès le début des opérations aériennes.

Nous attendons les réponses de Nicolas Sarkozy et celles de Bernard-Henri Lévy, porte-parole de l’Élysée et des insurgés, qui n’aime rien tant que parader sur fond de chaos.

Bertrand RENOUVIN

(1) cf. Hamed Rashid, Le retour des talibans, Éditions Delavilla, 2009. Voir l’article de Royaliste n° 985 reproduit sur mon blog :http://www.bertrand-renouvin.fr/?p=2977

(2) Pour plus de précisions, cf. la chronique publiée sur mon blog : « Afghanistan : sortir de la guerre américaine »,http://www.bertrand-renouvin.fr/?p=2902

(3) cf. le dossier publié par la revue DSI, numéro 70, mai 2011