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Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

L’homme funeste et la littérature

Editorial du magazine royaliste N°1144 | du 1er mai 2018 au 14mai 2018
mardi 15 mai 2018 | Thème: politique
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Emmanuel Macron ne cesse de prendre la pose, au propre comme au figuré. Il se flatte de pa­raître et croît éblouir le monde sans mesurer ce que ses propos et ses gestes peuvent avoir d’obs­cène. Il est, au sens premier du mot, le personnage funeste, qui tient des propos de mauvais augure, en même temps que l’homme d’une indécence extrême. Le voyage présidentiel aux États-Unis, fin avril, et l’entretien accordé à La Nouvelle Revue française, début mai, confortent cette impression qui ne relève pas de la polémique.
À Washington, le spectacle donné par Emmanuel Macron et Donald Trump a dépassé toutes les sima­grées de baisers et de tapes dans le dos auxquelles les chefs d’État se croient obligés de consentir depuis quelques décennies. Sans doute veulent-ils séduire et abuser les opinions publiques… Comme si nous pou­vions être dupes ! En politique étrangère, on n’a pas d’amis mais seulement des alliés et les alliances sont conclues au vu des rapports de force, en composant des intérêts nationaux. Par fonction, un chef d’État défend les intérêts de la nation qu’il représente, selon la ligne qui a été fixée par le gouvernement.
Ces principes ont été oubliés depuis vingt ans par les dirigeants français (1). Ils sacrifient volontiers notre pays sur les autels de la morale internationale, de « l’Occident », de « l’Europe » et des « droits de l’homme » - non sans conclure des pactes infâmes, par exemple avec les Saoudiens, seul État islamique réellement institué. Le mélange classique et déton­nant de l’angélisme et du cynisme affairiste a partout produit des effets désastreux. Nous ne savons tou­jours pas pourquoi nous sommes devenus les sup­plétifs des États-Unis en Irak et en Syrie ni quel est le jeu de la France dans cette partie du monde. Mais nous voyons qu’Emmanuel Macron s’est aligné sur Donald Trump en se déclarant favorable à un nouvel accord nucléaire avec l’Iran. Et nous avons constaté que notre sémillant président, encensé par les médias français comme brillant détenteur du « leadership eu­ropéen », a été immédiatement désavoué par Federica Mogherini, haute - et léthargique - représentante de l’Union euro­péenne pour les affaires étran­gères et la politique de sécurité. Mais qu’importe, puisque « avec Trump, nous contribuerons à la création d’un ordre mondial du XXIe siècle pour le bien de nos concitoyens » ! Avec l’Union eu­ropéenne moribonde ? Sans elle ? On ne sait.
Si Emmanuel Macron n’était qu’un jeune techno­crate passé par la banque et soudain projeté dans les rapports de forces internationaux, il y aurait lieu de s’inquiéter en espérant qu’un ministre des Affaires étrangères capable puisse rapidement reprendre la main. Hélas, le président des riches est aussi un homme assez infatué de lui-même pour se définir comme un personnage de roman dans l’entretien qu’il a accordé à La Nouvelle Revue française. Après avoir fait obser­ver que les Français « aiment qu’il y ait une histoire », Emmanuel Macron s’exclame qu’il en est « la preuve vivante » et « l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque… ». Sans blague !
Plat produit de l’oligarchie autant que des cir­constances, Emmanuel Macron se peint en aventu­rier de la politique porté sur le pavois par un peuple ébloui. C’est Bonaparte aux Folies-Bergères : tout le contraire de l’homme d’État soumis à la Constitution pour le service de tous, qui porte une écrasante charge historique et qui doit incarner la froide raison juri­dique. Ce mépris romanesque du souci politique s’ac­compagne d’un romantisme adolescent. Levez-vous vite, orages désirés ! Ce qui rend Emmanuel Macron « optimiste », c’est le retour du tragique sur le conti­nent européen qui aurait été engoncé dans son confort petit-bourgeois depuis 1945. Comme si nous avions perdu le sens du tragique pendant la Guerre froide et pendant la guerre d’Algérie, comme si l’éclatement de la Yougoslavie, hier, et l’écrasement du peuple grec n’étaient pas des tragédies !
Un chef d’État doit prévenir la tragédie, la tenir à distance. Emmanuel Macron espère les grandes épreuves qui le camperont en personnage héroïque. C’est irresponsable et dangereux. Funeste.
Bertrand RENOUVIN
(1) Je n’oublie pas les graves erreurs, aux conséquences catas­trophiques, commises par François Mitterrand et je ne crois pas à l’aimable fiction du « gaullo-mitterrandisme ».