Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

La culture du défaitisme

Editorial du magazine royaliste N°1131 | du 30 octobre 2017 au 12 novembre 2017
vendredi 10 novembre 2017 | Thème: politique
Recommandez:

Étrangère au marxisme, hostile à toutes les formes de communisme, la Nouvelle Action royaliste s’en tint à cette ligne pendant les vingt premières années de son existence qui furent les vingt dernières de la Guerre froide. Nous avons défendu la stratégie de dissuasion nucléaire, garantie essentielle de notre indépendance nationale, qui permettait le jeu gaullien des contrepoids sur le continent européen et dans le monde – sans craindre de nous retrouver aux côtés du Parti communiste français dans plusieurs batailles électorales…

Avant même l’union de la gauche, les anticommunistes que nous étions furent confrontés à la radicalité anticommuniste qui fonctionnait sur le mode panique. On ne pouvait pas sortir du totalitarisme ! Selon la prophétie de Lénine, les Rouges passeraient par l’Afrique pour conquérir l’Europe de l’Ouest ! L’Amérique latine basculerait, elle aussi ! Ce défaitisme était professé par des défenseurs de l’Occident chrétien qui précipitaient dans les enfers du cryptocommunisme ceux qui  émettaient des doutes sur la venue du Grand soir au vu des défaites subies par un « camp socialiste », de plus en plus divisé.

Ce catastrophisme relevait parfois de la névrose obsessionnelle mais plus souvent d’un calcul : effrayés par la menace totalitaire, les braves gens allaient se précipiter vers les livres, les journaux, les équipes militantes de ceux qui assuraient former le plus solide de tous les remparts. En transformant un danger réel en mouvement invincible, on redonnait bien entendu du crédit au camp d’en face. Trop contents, les communistes, d’être dénoncés comme propagandistes d’une idéologie formidable, révolutionnaires conséquents et subversifs accomplis !

Les commissaires politiques de l’anticommunisme ont presque tous disparu, mais nous avons vu apparaître les commissaires politiques de l’anti-islamisme. Ils désignent le djihadisme comme l’Ennemi absolu, trois citations à l’appui. Ils proclament la Guerre contre le terrorisme à la terrasse des cafés. Ils annoncent l’islamisation prochaine de la France, sans voir les tenues de plus en plus minimalistes que portent les femmes les jours de canicule. Ils traquent sur les réseaux sociaux les tièdes, les déviants, les complices du djihad et comme naguère, dénoncent et excommunient pour une expression maladroite. Comme les extrémistes religieux, ils proclament qu’ils sont la Loi. Et quand un attentat se produit, ils participent à l’hystérie médiatique sans comprendre qu’elle offre une formidable résonance à l’acte terroriste, sans comprendre que les attentats sont commis pour provoquer des appels à la vengeance et des passages à l’acte.

Toute cette agitation qui vise l’islamisme et parfois l’islam dans une méconnaissance totale de cette religion crée un brouillard qui empêche de discerner les véritables dangers – certains étant surestimés, d’autres sous-estimés dans un climat qui engendre peurs et paniques. La police et l’armée qui traquent méthodiquement les djihadistes doivent au contraire pouvoir compter sur une population calme et résolue. Les experts autoproclamés de l’islamisme minent cette résolution lorsqu’ils répètent que nous sommes trop faibles pour résister à la vague islamiste. Ils dissertent sur la guerre, en oubliant que dans une telle situation, la propagande défaitiste est sévèrement réprimée.

Nous ne sommes pas en guerre contre le terrorisme parce qu’on ne fait pas la guerre à une technique de combat. Ne nous laissons pas prendre par les discours martiaux. L’État a une très juste conception de la lutte à mener : c’est une lutte contre des organisations criminelles, confiée à la Brigade criminelle (1), qui conduit à des incarcérations et à des jugements, non au rassemblement de prisonniers dans des camps.

Dans cette lutte, les citoyens ne sont pas condamnés à jouer les spectateurs : ceux qui ne rejoignent pas la Police nationale ou l’Armée peuvent faire pression sur les médias pour qu’ils cessent de faire écho à la propagande djihadiste ; ils peuvent mener des campagnes contre les élus locaux qui pactisent avec l’extrémisme religieux, et exiger une action gouvernementale rigoureuse contre les financements séoudiens et qataris de l’islam radical. Qu’on cesse de cultiver le défaitisme.

Bertrand RENOUVIN

(1) Cf. l’entretien accordé par Michel Faury, patron de la Brigade criminelle, Le Figaro du 25 octobre.