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Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Le débat décisif

Editorial du magazine royaliste N°942 | du 18 decembre 2009 au 12 janvier 2010
lundi 23 février 2009 | Thème: politique
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Le débat sur le protectionnisme est bel et bien lancé dans les médias français.

Il sera long car le libre-échange est le dogme principal de l’élite politique et affairiste qui ne doit pas être soumis à la discussion : il fonde en effet la politique des bas salaires et sert directement les intérêts du capitalisme rentier.

Il est difficile à mener car il a lieu sur deux plans. Les experts patentés qui défendent le libre-échange sont poussés dans leurs retranchements par Jean-Luc Gréau, Jacques Sapir et Emmanuel Todd (1). Dans le même temps, les gouvernements qui tentent de soutenir certains secteurs industriels sont accusés de protectionnisme par Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy, grands apôtres de la globalisation. Et les Français, comme les Américains, de jurer leurs grands dieux qu’ils n’ont rien fait de mal... Dans les mois qui viennent, nous risquons d’avoir une controverse trompeuse entre les défenseurs du dogme et des gouvernements qui prendront de manière hypocrite des mesures de protection dans la panique et sous la pression des groupes industriels les plus puissants – donc sans concertation avec les autres nations.

Il faut donc inverser la dialectique des accusateurs et des accusés en mobilisant l’histoire économique, les acquis de l’économie politique et nos observations sur la genèse et le déchaînement de la crise (2). Nous avons à convaincre les élus de tous niveaux, les responsables syndicaux et les dirigeants politiques de quatre vérités élémentaires :

1/ C’est le libre-échange qui est la matrice de la crise actuelle car c’est par ce moyen que les oligarques ont imposé la baisse des salaires, mal compensée par le recours au crédit. Il est donc aberrant de plaider pour le maintien du libre-échange généralisé qui, couplé avec la libre circulation des capitaux, va aggraver la crise économique et financière. Nous devons dénoncer comme parfaitement imbéciles et désastreuses les prescriptions du FMI, qui vient par exemple d’accorder un prêt à la Lettonie en contrepartie d’une baisse de 25 % des salaires dans la fonction publique. Le Parti socialiste s’honorerait en excluant Dominique Strauss-Kahn de ses rangs avant les élections européennes. Sinon, nous serons nombreux à sanctionner sa complaisance pour les fauteurs de misère.

2/ Ce n’est pas le protectionnisme qui a transformé la crise boursière de 1929 en dépression économique et provoqué l’arrivée de Hitler au pouvoir : la contraction du commerce international a eu lieu entre janvier 1930 et juillet 1932 avant la généralisation de mesures protectionnistes ou autarciques (2). Une immense bibliographie prouve que le nazisme n’est pas l’effet d’un déterminisme économique.

3/ La protection à mettre en œuvre est étrangère au nationalisme autarcique : elle doit être conçue à l’échelle du continent européen, élaborée lors de délibérations entre les États et souplement orientée selon les intérêts communs : il ne s’agit pas d’isoler notre continent mais de lui permettre de résister aux stratégies agressives – celle de la Chine tout particulièrement.

4/ Le protectionnisme n’est pas la solution-miracle mais une disposition décisive. Ceux qui, à gauche, réclament une augmentation du pouvoir d’achat et une relance de l’investissement ne comprennent pas qu’une politique de lutte contre la crise implique des objectifs hiérarchisés : c’est la protection économique qui permet d’effacer la cause libre-échangiste de la crise, qui rend possible la hausse des salaires et qui donnera aux investissements publics et privés leur pleine efficacité. Il faut à nouveau concevoir les échanges libres dans des espaces économiques politiquement organisés et stratégiquement orientés par des États assurant la distribution du crédit et le dynamisme économique grâce au secteur nationalisé.

Contrairement à nos adversaires, nous savons ce qu’il faut faire et par quoi commencer.

Bertrand RENOUVIN

(1) Pour étayer mes affirmations, cf. les articles de Jean-Luc Gréau dans Libération du 12 février, les récentes déclarations d’Emmanuel Todd reprises sur le site de Marianne2, l’article de Jacques Sapir à paraître dans Le Monde diplomatique de mars.

(2) Pour une mise en perspective historique complète, cf. David Todd, L’identité économique de la France, Libre-échange et protectionnisme (1814-1851), Grasset 2008, dont je rendrai compte dans un prochain numéro.