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Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Le problème allemand

Editorial du magazine royaliste N°1033 | 
lundi 15 avril 2013 | Thème: europe
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La politique allemande s’affirme dans l’Union européenne avec une violence croissante. L’agression subie par les peuples grec et chypriote est d’une brutalité inouïe. Au Portugal, en Espagne, en Italie, l’idéologie et les méthodes allemandes sont en train de provoquer des catastrophes. En France, le gouvernement accepte de se soumettre aux injonctions de l’Allemagne, dont les conséquences seront de plus en plus désastreuses. Je dis bien l’Allemagne car c’est elle qui inspire les dirigeants de la Banque centrale européenne et qui domine l’Eurogroupe. En Grèce, au Portugal, à Chypre, la Troïka est le bras armé de l’Allemagne, haïe comme telle.

J’écris ces lignes avec regret. Quand l’Allemagne unifiée a trouvé sa pleine souveraineté après avoir signé le traité de Moscou du 12 septembre 1990, elle a abandonné tout projet d’impérialisme ethnolinguistique et nous pouvions espérer qu’elle apporterait désormais une contribution paisible et démocratique à l’équilibre des ensembles européens.  Cet espoir n’a plus lieu d’être. Il n’a pas été détruit par des ressentiments et des haines que nous aurions trop longtemps étouffés mais par la politique allemande : celle de la Chancelière, du gouvernement, des principaux partis politiques allemands. Politique égoïste, nationaliste, qui cette fois ne conduira pas à l’affrontement militaire -  l’Allemagne a renoncé à l’arme nucléaire dont la France dispose - mais qui est d’une insupportable violence monétaire, économique et financière.

Cette violence, le peuple allemand en est lui-même victime car ses dirigeants mènent une politique de classe qui enrichit les riches et accable une grande partie de la population : 16 % des Allemands vivent sous le seuil de pauvreté en raison de la déflation salariale. Le faible taux de chômage est un leurre quand des millions de travailleurs vivent dans la précarité avec des salaires à 400 euros en attendant de toucher des retraites de misère. La compétitivité allemande ne signale pas des qualités supérieures ; elle résulte des bas salaires, de l’insécurité sociale et des délocalisations industrielles en Europe centrale – où des Tchèques, des Slovaques, des Hongrois sont payés a minima.

Comme l’Allemagne exporte principalement dans la zone euro, elle peut y imposer, sans inconvénient pour elle, le dogme de la monnaie forte. Ce faisant, elle exporte sa violence. Comme les dévaluations sont impossibles, les pays qui ont adopté l’euro reprennent les recettes allemandes ou se les laissent imposer par la Troïka : rigueur budgétaire, baisse du pouvoir d’achat, baisse de la protection sociale puis baisse des salaires dans l’espoir de relancer l’exportation. Ainsi fixé, l’objectif est absurde : tous les pays ne peuvent devenir exportateurs les uns vers les autres et la baisse de la demande conjuguée à la baisse des dépenses publiques engendre la récession.

En exportant sa violence, l’Allemagne reçoit de la haine en retour – celle des Grecs, des Espagnols, des Portugais qui ne supportent pas d’être sacrifiés. C’est ainsi que l’Allemagne a détruit le projet d’intégration européenne qui semblait être le sien. Et le début de la crise chypriote a montré que l’Allemagne récusait tout principe de solidarité : Berlin ne veut pas payer pour sauver des banques étrangères et des États surendettés. Les gouvernements inféodés - y compris le gouvernement français – devront durcir des mesures de rigueur qui, on le voit en Grèce, finissent par détruire la société.

L’Allemagne profite, avec un parfait cynisme, des effondrements économiques et sociaux qui bouleversent l’Europe du Sud. De plus en plus nombreux, des Grecs, des Espagnols et des Portugais s’exilent dans cette Allemagne en déclin démographique qui a grand besoin de jeunes déjà formés. Et comme l’Allemagne importe de l’Est de la main d’œuvre à bon marché – y compris pour les prestations sexuelles –  le pays prédateur gagne sur tous les tableaux. Gain provisoire, car les produits allemands trouveront de moins en moins preneurs dans une zone monétaire en récession et guettée par la dépression.

L’issue n’est pas dans la surenchère nationaliste mais dans une sortie de l’euro accompagnée de dévaluations massives qui feront comprendre à Berlin qu’il faut repenser les relations entre nations européennes.

Bertrand RENOUVIN