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Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Les devoirs de la charge

Editorial du magazine royaliste N°1016 | 
lundi 25 juin 2012 | Thème: politique
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Il n’y a pas eu de campagne présidentielle : les principaux candidats ont développé un programme de gouvernement, comme s’ils se disputaient Matignon. Par voie de conséquence, il n’y a pas eu de campagne des législatives puisque tout avait été dit avant le 6 mai. D’où la répétition épuisée des promesses déjà faites, agrémentées de quelques luttes locales mises en scène par les médias.

La confusion est totale et il faudrait, pour y remédier, que les dirigeants politiques reconnaissent les deux erreurs soulignées par Jacques Julliard : « le passage du septennat au quinquennat, décidé par référendum en 2000, avec 70 % d’abstentions fut une grave erreur, et l’inversion du calendrier, qui renvoie les législatives au lendemain de la présidentielle, en est une autre » (1). La gauche tout entière se grandirait en procédant à une réforme constitutionnelle qui rétablirait la logique de la Ve République. Majoritaire dans les deux assemblées, elle pourrait même décider la réforme du mode d’élection du Sénat afin de changer ce qui doit l’être dans nos institutions.

A l’opposé des bavardages sur la « VIe République », nous soutenons que toutes les questions relatives aux institutions doivent être envisagées selon la temporalité politique : le temps du président de la République n’est pas celui du Premier ministre parce que les modes de légitimation et les responsabilités sont différents. Les enjeux, les domaines et les modes d’action doivent être d’autant plus soigneusement distingués que les socialistes, installés à l’Élysée et à Matignon, majoritaires dans les deux assemblées, seront tentés par les facilités de l’organisation pyramidale du pouvoir.

Nous avons certes souhaité que le gouvernement dispose d’une majorité mais il est essentiel que le président de la République se consacre exclusivement aux devoirs de sa charge. Nous attendons les gestes symboliques qui montreront que François Hollande est le président de tous les Français, capable d’assumer toute l’histoire de France, d’arbitrer les conflits et d’éviter de nouvelles fractures : la dérive racialiste d’une partie de la gauche est à cet égard angoissante. Nous devons demeurer un peuple de citoyens et nous sommes en attente d’une nouvelle aventure collective  - puisque la mondialisation ultra-libérale que nous offraient les oligarques répand son cortège de misères et de violences.

L’Histoire. Sa dynamique va saisir François Hollande et l’entraîner loin des motions de congrès, des promesses de campagne… et des rêves de jeunesse. La crise terminale de la zone euro détruit tout ce qui avait constitué l’idéologie de ces socialistes qui croyaient que l’intégration européenne permettrait de dépasser les nations et de donner un nouveau sens à l’internationalisme. La création de l’euro fut un acte de foi, enjolivé par les litanies sur l’Europe sociale à construire dans le compromis avec l’ultra-libéralisme.  La radicalité du Non au référendum de 2005 a été effacée et la grande crise ne fut pas l’occasion d’un sursaut : on en restait aux bricolages programmatiques et aux synthèses illusoires…

Ces méthodes dilatoires ne sont plus possibles. Dans l’Union européenne, la catastrophe est d’une telle ampleur qu’il n’est plus possible de s’en sortir par des arrangements couchés à l’aube sur le papier. François Hollande est obligé d’admettre que l’euro ne peut pas être sauvé. Pour lui, c’est une épreuve. Elle peut être salutaire pour la France et les Français si le président de la République, fort de son élection et conforté par la victoire des socialistes aux législatives, refuse les compromis de faiblesse et de nouvelles fuites en avant. Il peut, il doit dire aux citoyens français que tout est à repenser et à transformer : l’Union européenne, le système monétaire, les échanges internationaux, la circulation des capitaux, l’organisation bancaire, le développement économique et les relations sociales dans notre patrie.

François Hollande peut faire l’histoire, mais ce n’est pas l’histoire qu’il envisageait. Il sera le président de la sortie de l’euro. Il sera un grand président si le retour à la monnaie nationale s’accompagne d’une politique économique et sociale cohérente dont la perspective peut lui être immédiatement tracée.

Bertrand RENOUVIN

(1) Éditorial de Marianne, n° 790, 9-15 juin 2012.