Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Pour qui sonne le glas ?

Editorial du magazine royaliste N°1141 | du 20 mars 2018 au 2 avril 2018
vendredi 23 mars 2018 | Thème: europe
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Une fois de plus les socialistes allemands sont allés à Canossa. Le SPD gouvernera avec la CDU et la CSU, sa branche bava­roise. Ce sera la troisième Grande Alliance sur les quatre dernières législatures. De 1949 à 2005, ce cas de figure ne s’était réalisé qu’une seule fois de 1966 à 1969.

Les socialistes allemands justifient ce ralliement par la perspective d’un grand bond européen aux côtés de la France d’Emmanuel Macron. Bref, on nous offre une reprise du duo Kohl-Mitterrand mais les deux pays ont beaucoup changé depuis trente ans, et tout particulièrement leur paysage politique. Les deux grands partis allemands ne cessent de voir leur assise partisane se rétrécir. Les deux par­tenaires de la coalition ont réalisé chacun leur pire score électoral depuis 1949. Et les sondages disent clairement qu’ils feraient moins bien encore s’ils retournaient devant les électeurs. Alors pour éviter ce qui est à leurs yeux un désastre, ils gouvernent ensemble.

Ceux qui ont le plus à perdre dans cette affaire sont les socialistes, devenus champions de la capitula­tion en rase campagne. Pour paraphraser Churchill, ils avaient le choix entre la crise et le déshonneur, ils ont choisi le déshonneur et ils auront la crise. M. Schulz devrait méditer un peu plus sur l’effondre­ment du parti social-démocrate hollandais tombé à 5 % des voix lors des dernières élections générales. Un score à rapprocher des remarquables 6% de M. Hamon, sans oublier les élections législatives qui ont suivi où les socialistes sont passés de 295 à 30 députés. L’élection de M. Faure comme nou­veau Premier secrétaire augure mal de l’avenir de ce parti. Encore plus consternante est la deuxième place obtenue lors du scrutin interne du PS par M. Le Foll, digne représentant de la Hollandie. L’ave­nir devrait aussi être plein de richesses en Belgique avec la montée en puissance du Parti des Travail­leurs Belges qui pourrait tailler des croupières dans les années à venir au Parti Socialiste. Nous pour­rions continuer la liste d’une gauche en déshérence qui voit bien souvent dans le communautarisme une alternative électorale à ses échecs comme les élections municipales de Rotterdam viennent de le démontrer. Le social-communautarisme aurait-il de beaux jours devant lui ?

La gauche sociale-démocrate est victime de sa capitulation devant la mondialisation libérale engagée dès le début des années 1980 et à laquelle elle n’a jamais renoncé de peur de ne pas être assez moderne, de ne pas être dans le sens de l’histoire. Et cette capitulation s’est incarnée dans une Union européenne qui n’a d’union que le nom et qui a vidé de plus en plus de leur contenu les démocra­ties nationales. Rappelez-vous Jacques Delors nous expliquant qu’à l’horizon des années 1990, 80 % de notre législation économique serait inspirée par l’Europe ? Eh bien même si le chiffre de 80% peut être sujet à discussion, il n’en reste pas moins que l’objectif est atteint. L’économie n’est plus aux yeux de nos élites dirigeantes qu’une affaire de bonne gestion, pardon, de bonne gouvernance et les électeurs ont très bien compris le message. Ils se détachent de plus en plus des élections puisque de toutes façons, cela ne sert plus à rien.

S’il est de bon ton de se lamenter sur la montée de l’abstention, il serait aussi intéressant de s’intéresser à ceux qui ne prennent même plus la peine de s’inscrire sur les listes électorales, non qu’ils se désintéressent des affaires du monde mais parce qu’ils ont le sentiment de ne plus être concernés par la mascarade qui se déroule sous leurs yeux. Ils divorcent avec la démocratie partisane comme certaines élites sociales ont divorcé avec le cadre national qui leur a permis de prospérer. Mais, nous rétorquera-t-on, vous êtes de dangereux populistes. L’attaque est révélatrice du mépris que les partisans de la mondialisation libérale portent à tous ceux qui osent ne serait-ce qu’interroger leur doxa. Sans oublier l’argument terrible de la ruine de la croissance dont serait porteuse toute critique de l’euro. Cela rappelle l’argument des esclavagistes du Sud durant la Guerre de Sécession : sans l’esclavage, l’économie du Sud serait anéantie ! Un mot encore. Admettons qu’il n’y ait pas d’autre politique pos­sible que celle de nos dirigeants. Mais alors, quel aveu terrible de crime contre la démocratie !

Marc SÉVRIEN