Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Pouvoir et autorité

Editorial du magazine royaliste N°1152 | du 7 octobre 2018 au 21 octobre 2018
dimanche 21 octobre 2018 | Thème: politique
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On se souvient de la réflexion du général de Gaulle, au terme de la visite que lui fit, le 13 octobre 1944, Albert Lebrun, écarté par le coup d’État de juillet 1940 mais toujours président de la République : « Au fond, comme chef de l'État, deux choses lui avaient manqué : qu'il fût un chef ; qu'il y eût un État ».

La situation est aujourd’hui très différente. Au fil des événements qui se succèdent depuis le début de l’affaire Benalla, nous constatons qu’une chose manque à Emmanuel Macron : qu’il soit un chef. Mais il y a encore un État.

L’élu de 2017 n’a plus qu’un semblant d’existence politique. Macron empêtré dans le scandale faute d’avoir ordonné le renvoi immédiat d’une petite frappe, Macron offensé par deux jeunes Antillais lors de son déplacement à Saint-Martin, Macron humilié par les démissions de Nicolas Hulot et de Gérard Collomb, annoncées toutes deux dans les médias, Macron obstiné dans son mépris qui se plaint à Colombey-les-deux-Eglises que les retraités puissent se plaindre : cet homme est aujourd’hui perdu d’autorité comme on dit de quelqu’un qu’il est perdu de réputation. Perdu comme président de la République, comme chef de l’État, comme chef de clan.

Président de la République ? La fonction symbolique, qui commande tous les ordres de réalités se réduit à un rôle joué par un intermittent du spectacle. Pour la majorité des Français, Emmanuel Macron n’est que le président des riches, l’homme qui se répand en propos blessants quand il ne lit pas les textes qu’on lui a préparés.

Chef de l’État ? Dans la police, dans l’armée, dans la diplomatie, dans les grands corps de l’État, les faits et gestes d’Emmanuel Macron suscitent une colère sourde mais profonde. Le caporalisme élyséen, le mépris des personnes et des règles et l’arrogance brouillonne font que beaucoup décrochent, moralement ou concrètement, le portrait officiel.

Chef de clan ? Le fanfaron qui demande en juillet qu’on vienne le chercher est abandonné par son principal parrain politique, lassé de parler à quelqu’un qui n’écoute pas. Emmanuel Macron a voulu être, « en même temps », le chef du gouvernement, le chef du parti majoritaire et le chef de l’équipe élyséenne. Il découvre, à l’occasion du remaniement ministériel, qui ses fidèles se comptent sur les doigts de la main. Des fidèles qui ont intégré Macron dans leur plan de carrière mais qui, comme Gérard Collomb, peuvent demain choisir leur carrière contre Macron.

Aucune personnalité d’opposition ne pouvant se présenter en recours, la situation paraît désespérante. Elle ne l’est pas, puisqu’à la différence de 1940 il nous reste encore un État. Comme toujours dans l’histoire de la France moderne, quand l’autorité est défaillante, quand le pouvoir est frappé d’instabilité, c’est la Constitution administrative qui pallie les dérèglements et défaillances des institutions politiques. Nous l’avons souvent dit et il faut le redire avec force : ce sont nos soldats, nos policiers, nos diplomates, nos fonctionnaires de tous grades qui préservent concrètement, quotidiennement, l’existence de notre pays.

Cependant, Emmanuel Macron tient encore le gouvernement et le parti majoritaire. S’il est perdu d’autorité, il conserve le pouvoir et il va continuer à l’exercer selon le bloc de certitudes dans lequel il est muré. Ainsi, l’Assemblée nationale vient de voter la privatisation de la Française des jeux et d’Aéroport de Paris, et le gouvernement se prépare à privatiser nos barrages tout en poursuivant la mise en œuvre de réformes ultralibérales.

D’où un paradoxe insoutenable : alors que la France continue de vivre grâce à sa Constitution administrative, alors que les Français restent relativement protégés par notre Constitution sociale, l’oligarchie continue avec Emmanuel Macron les opérations de privatisation de l’administration et de dynamitage de notre système de protection sociale. Cette obstination est suicidaire pour le milieu dirigeant et expose le pays à de violentes secousses. La crise terminale de l’Union européenne va s’accélérer si le gouvernement italien ne se laisse pas impressionner par Bruxelles et nous sommes sous la menace d’une nouvelle crise financière, plus ravageuse que la précédente (1). Pourtant, ils s’ingénient à désarmer la nation.

Bertrand RENOUVIN

(1) Cf. l’entretien accordé au Figaro par David Cayla, le 9 septembre 2018.