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Editorial | La Nouvelle Action Royaliste

Punir à l’allemande

Editorial du magazine royaliste N°985 | 
lundi 14 février 2011 | Thème: europe
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Tout est à rejeter dans les décisions esquissées à Bruxelles le 4 février. Tout, y compris les explications invoquées pour justifier un « pacte de compétitivité », ou de « convergence », qui ne sera en rien salutaire. On nous affirme du matin au soir que l’Europe est en train de maîtriser la crise grâce à son mécanisme de solidarité financière et qu’elle sortira de l’épreuve « par le haut » puisqu’elle va renforcer les dispositifs communs de gouvernance économique et sociale.

Les historiens feront la part entre les ultimes illusions fédéralistes et les mensonges qu’on a décidé de cacher, comme d’habitude, sous les nouvelles formules de la langue de bois bruxelloise. Les futures victimes du « pacte » qui pourrait être adopté au sommet européen du 24 et 25 mars doivent quant à elle réagir dans l’urgence, avec la brutalité nécessaire.

L’Union européenne et plus particulièrement la zone euro ne sortent pas de la crise : elles s’y enfoncent à cause des effets désastreux de la prétendue « monnaie unique » et de la situation catastrophique des banques : non seulement les banques irlandaises, non seulement les cajas espagnoles mais aussi les landesbanken de cette Allemagne si bien organisée, si rigoureuse dans la gestion de ses comptes !

Le Mécanisme européen de stabilisation financière prévu pour 2013 sera beaucoup trop faible pour faire face à la crise de l’ensemble du système européen et il s’accompagnera d’un programme de rigueur absolue que la chancelière allemande veut imposer comme modèle. Pourquoi ? Parce que les dirigeants allemands ont le culte de la discipline budgétaire et parce que madame Merkel est confrontée à des élections cruciales le 25 mars dans le Bade-Wurtemberg : elle doit se montrer encore plus implacable que nature car les électeurs allemands ne veulent pas payer pour des pays réputés dépensiers. Autrement dit, nous devrions payer pour soigner les états d’âme d’une partie de l’opinion publique allemande.

Le « pacte de convergence » n’est qu’un chantage : pas d’argent sans carcan. On veut renflouer les caisses par tous les moyens pour apaiser les spéculateurs et rassurer les agences de notation. Le plan allemand prévoit le recul de l’âge de la retraite à 67 ans, la constitutionnalisation de l’équilibre budgétaire, une réduction de la protection sociale et la baisse des salaires. On ne manquera pas de nous dire que ce plan est réaliste et courageux. C’est une imposture. Le plan allemand est destiné à sauver les banques de la zone euro, non les économies nationales qui sont victimes de l’euro et du libre-échange. C’est un plan qui provoquera la récession – par contraction de la demande des ménages et par réduction des investissements publics – et qui fera croître la précarité et la misère. C’est un plan qui nie la démocratie, puisque toute nouvelle majorité parlementaire se heurtera, quels que soient les projets présentés au peuple souverain, à l’absurde contrainte de l’équilibre budgétaire érigé en principe constitutionnel.

Conclusion ? Je laisse à Jean Quatremer, européiste sincère, le soin de la donner au terme d’un article d’une cruelle lucidité : « Bref, à terme, la zone euro ressemblera à une grande Allemagne », écrivait-il dans Libération le 28 janvier. Une Allemagne nationaliste, attachée à la dogmatique ultra-libérale qui sert les intérêts immédiats de ses oligarques, travaillant à la ruine générale avec deux complices : Jean-Claude Trichet, qui voudrait que la BCE refile aux États le sauvetage des banques ; le Fonds monétaire international qui, sous l’égide de Dominique Strauss-Kahn, est toujours partant pour les expéditions punitives.

Mais l’Élysée ? La propagande sarkozyste fait croire que le couple franco-allemand gère les affaires communes mais il est clair que le supposé président s’est aligné sur la chancelière allemande tout en essayant de finasser sur la question des retraites. La « philosophie » du plan est acceptée à Paris où l’on prévoit déjà d’adopter la règle de l’équilibre budgétaire en attendant d’infliger au peuple français, après les élections de 2012, toute la gamme des punitions à l’allemande.

Reprenons sans attendre les chemins de la révolte.

Bertrand RENOUVIN

Nous apprenons avec grande tristesse la mort de Jean-Paul Dollé. Je lui rendrai hommage dans notre prochain numéro.