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36ème Congrès de la NAR – 10 avril 2016 Motion codéveloppement

Projet de La NAR |  jeudi 28 avril 2016 | Thème: environnement
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36ème Congrès de la NAR – 10 avril 2016

Motion codéveloppement

Conceptualisée en France dans les années 1970, la notion de codévelop­pement qui associait coopération et développement visait à rompre avec les intentions néocoloniales prêtées à la France en Afrique et à rénover la notion d’aide publique au développe­ment (APD) dont l’origine remonte au discours sur l’état de l’Union de Harry Truman en 1949. Il s’agissait alors de promouvoir le modèle économique des États-Unis, de trouver des débou­chés pour leurs entreprises et, dans un contexte de guerre froide, de proposer une alternative au communisme.

L’ONU a joué un rôle essentiel dans l’application pratique de l’APD via la FAO, puis du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD). Durant les Trente glorieuses, l’APD s’est accrue et internationalisée. Le plus souvent technique et financière, elle favorisait – par des financements de projets, des prêts à taux préférentiels et des annulations de dettes – le déve­loppement d’infrastructures et d’équi­pements dans le domaine agricole, la santé, l’éducation…

Pour remédier aux dérives liées à un développement imposé par le Nord, le codéveloppement a été conçu pour pen­ser l’APD en fonction des besoins spé­cifiques des pays contractants, négocier avec eux une plus juste redistribution de la richesse mondiale et combler les écarts entre pays riches et pays pauvres. Il étendait la notion d’APD aux évo­lutions sociales et environnementales, ainsi qu’au fonctionnement démocra­tique des institutions.

Dans les années 1990, ces deux ap­proches ont évolué. Dès la chute du Mur de Berlin, l’OCDE entreprend une réflexion destinée à redéfinir le sens de l’APD qui débouche sur les « objectifs du millénaire pour le développement » édictés par l’ONU en 2000. Au nombre de huit, ils visent à réduire de moitié la pauvreté à l’horizon 2015 dans les pays du Sud.

Globalement, ces objectifs auraient été atteints, mais de grandes disparités existent entre les pays. En 2015, leur suc­cèdent dix-sept « objectifs mondiaux de développement durable » qui cherchent à définir un cadre de vie prospère et durable pour l’ensemble de l’humanité, et non plus des objectifs à atteindre par les pays et par les agences nationales ou internationales. Bien qu’importante en valeur absolue (135 milliards de dollar en 2014), l’APD reste insuffisante au regard des besoins évalués à cinq mille milliards de dollars par an…

Les raisons le plus fréquemment avancées pour expliquer cette insuffi­sance sont le manque de contrôle des personnes chargées d’en assurer la gestion et, paradoxalement, la diver­sité des sources de financement (pays développés et émergents, organisations multilatérales, fondations, transferts des migrants, régions…).

Le changement de cap entre codéveloppement et APD date de l’élection de François Mitterrand. Il s’agissait de don­ner la priorité aux besoins concrets des citoyens par de petits investissements, plutôt qu’à la construction de grandes infrastructures, et de répondre au désir de donner une traduction concrète, im­médiate et permanente à la solidarité. Du fait de désaccords entre Jean-Pierre Cot, alors ministre de la Coopération qui finira par démissionner, et François Mitterrand, cette politique ne verra ja­mais vraiment le jour.

Vers 2003, avec le rapport de Sami Naïr en France, une nouvelle approche du codéveloppement apparaît destinée à renforcer l’intégration en France de migrants, tout en favorisant la solida­rité avec les pays d’origine, à créer les conditions sociales pour aider les mi­grants potentiels à demeurer chez eux. On passe alors de la recherche d’un développement par les flux migratoires à un outil de gestion de ces flux migra­toires.

Enfin, il ne faut pas oublier que, de par son histoire, la France possède une ex­périence et une série d’instruments qui lui sont spécifiques, comme l’Agence Française pour le Développement (AFD), héritière de la Caisse Centrale de la France Libre (1941), transfor­mée en Caisse Centrale de Coopération Économique (1958) puis en en AFD en 1998.

Dans ce contexte, la Nouvelle Action royaliste demande :

- Que la France définisse clairement des objectifs de coopération cohérents et remette à plat la notion, devenue am­biguë, d’un codéveloppement qui relie implicitement pauvreté et immigration et veut éradiquer la pauvreté pour en­diguer le flux migratoire, sans prendre en compte les changements majeurs et les nouvelles priorités. Aujourd’hui, en effet, c’est moins la pauvreté que l’ins­tabilité politique, les guerres, la démo­graphie, les conséquences du change­ment climatique qui sont à l’origine des migrations.

- La création d’une agence inter­gouvernementale fonctionnant sous l’égide de l’ONU qui rassemble toutes les agences existantes (FAO et PNUD en particulier) pour entreprendre une politique réaliste de développement en tenant compte des biens communs que sont la santé, l’énergie, l’eau, l’éduca­tion et non plus des chimères mondia­listes.

- La définition d’une politique d’aide publique au développement aux diffé­rents échelons international, continen­tal, national et régional… cohérente et complémentaire dans ses objectifs et moyens d’action, incluant à égalité tous les acteurs du développement.

- D’en finir avec le double langage de certains organismes qui, d’un côté, ap­pellent au développement économique et social, et de l’autre, plaident pour l’optimisation fiscale,

- Une évaluation des aides au dévelop­pement en cours afin d’encourager les politiques locales de développement qui fonctionnent et d’abandonner celles qui favorisent la corruption et l’enrichisse­ment personnel.

- Qu’à partir de ses objectifs redéfinis, la France prenne l’initiative d’une poli­tique européenne, dotée d’une philoso­phie, d’un budget et de moyens humains et matériels.